Presse

Écrit par Matthieu de Laborde on . Posted in Uncategorised

ARTICLE PARU DANS LE MONDE LE 13 MAI 1976

“… une mutilation lente et sure…” 

Lire 325 000 francs, c’est impressionnant parce que la machine a broyé la main de l’ouvrier. Voir La classe ouvrière ira au paradis, c’est impressionnant parce que – au sens propre – un doigt s’est coincé dans l’engrenage. Le film que Bruno Muel a réalisé avec des travailleurs de l’usine Peugeot à Sochaux, c’est pire, c’est plus « dur ». Pas d’amputation effroyable, mais une mutilation lente et sûre: film sur la violence, c’est cela que Avec le sang des autres donne « à voir et à entendre ».

La violence est directement perçue par le spectateur, qui trouve vite insupportable les séquences filmées à l’intérieur de l’usine. Répétées, elles indiquent la nature même du travail (toujours les mêmes gestes, toujours le même stade de fabrication) ; cinématographiquement longues, elles sont la traduction du temps réel. Ainsi, on a fait tout un itinéraire, du mot au mot, en passant par la chose elle-même : c’est un des premiers buts du film ; il redonne un contenu au terme « chaîne », monstre devenu mythique, pour beaucoup…

Claire Devarrieux.

FICHE TECHNIQUE

Écrit par Matthieu de Laborde on . Posted in Uncategorised


REALISATION et IMAGE : Bruno Muel.

SON : Théo Robichet.

MONTAGE : Anna Ruiz et Juliana Ruiz.

ASSISTANT :  Alain Périsson.

MUSIQUE : Fanfare Aubépine.

MIXAGE : Antoine Bonfanti. 

COMMENTAIRE : Francine Muel, dit par Pierre Santini. 

PRODUCTION : Les films 2001, Slon, Iskra, Bruno Muel, Groupe Medvedkine Sochaux.


France - 1974 – 50 minutes - couleur - nouvelle version remastérisée inédite en salle



 

RÉSUMÉ


Une descente aux enfers. La chaîne Peugeot. Son direct et image simple, assourdissante image. C’est là l’essentiel de l’empire Peugeot : l’exoploitation à outrance du travail humain; et en dehors, cela continue. Ville, magasins, supermarchés, bus, distractions, vacances, logement, la ville elle-même : horizon peugeot. On parcourt le circuit, tout est ramené à la famille Peugeot. 

 


ISKRA

ISKRA, société indépendante de production et de diffusion, fut créée sous le nom de SLON au cours de l’automne 1968 à la suite de la production de deux films: LOIN DU VIETNAM et A BIENTOT J’ESPERE qui exprimaient une nouvelle volonté de nombreux cinéastes du moment de participer plus directement aux enjeux politiques de l’époque. Son catalogue regroupe aujourd’hui plus de 160 films dont une dizaine de films de Chris Marker.

A L'OMBRE DE LA REPUBLIQUE de Stéphane Mercurio, sorti en salle le 7 mars dernier, et aujourd'hui DISPARAISSEZ LES OUVRIERS! de Christine Thépénier et Jean-François Priester marquent une volonté nouvelle pour ISKRA d'accompagner ses productions jusque dans les salles de cinéma.

Associer le film de Bruno Muel AVEC LE SANG DES AUTRES à la sortie de DISPARAISSEZ LES OUVRIERS! est une façon pour ISKRA tout en pointant la permanence de ses choix de production, d'offrir l'opportunité d'une mise en perspective qui ouvre un gouffre de réflexion. Usine en 1974 au temps du plein emploi chez Peugeot à Sochaux, usine en 2009 au temps des délocalisations et des faillites frauduleuses chez Legré Mante à Marseille, violence du travail à la chaîne ou violence de la peur du chômage et de l'injustice de classes, mais violence toujours dans une parole tout simplement admirable, celle de ces ouvriers que l'on entend finalement si peu.

 

 

 

  

Le 22 février 2012, Bruno Muel nous a adressé ce courrier :



 

 

"Chère Viviane,

 

Je t’ai déjà dit que Disparaissez les ouvriers !  m’avait beaucoup touché. Je suis toujours sensible à la relation forte entre filmeurs et filmés. Ici, elle est palpable et c’est la première qualité du film. Cette poignée d’ouvriers oubliés dans cette usine presque écroulée et qui continuent à se battent contre un ennemi insaisissable me rappelle l’histoire de ces fameux « marins perdus » sur leur bateau à quai abandonné par l’armateur à Marseille, pas loin de là. On pourrait dire de ces histoires qu’elles sont des cas marginaux. Mais c’est justement la question : il y a de plus en plus de cas marginaux.

 

J’ai d’abord été étonné quand vous autres à Iskra, vous m’avez proposé d’associer à cette sortie «Avec le sang des autres». Est-ce que ce n’était pas un peu paradoxal ce rapprochement avec un film vieux de quarante ans, tourné dans une période de plein emploi dans la plus grande usine de France (elle employait alors 40.000 travailleurs) ?

Cependant, à mieux y penser, ce rapprochement me semble juste car ces films traitent tous les deux de la violence. C’est ce que j’ai toujours mis en avant en présentant Avec le sang des autres : plus encore qu’un film sur les conditions de travail, c’est un film sur la violence. C’est comme une leçon d’histoire, très sombre, où on voit les années passer et rien ne s’arranger pour la classe ouvrière, au contraire. Ça peut donner envie de se battre.

 

Amitiés,

Bruno Muel"