Presse

 

Téléchager le dossier de presse du film


Télécharger l'affiche du film


Télécharger les photos du film


Télécharger la revue de presse du film

 


Article dans "La nouvelle vie ouvrière" 

Juillet 2012 

Disparaissez


evene

Les ouvriers crèvent l’écran

PAR JEAN-CHRISTOPHE FERRARI - LE 07/05/2012


 

'Bleu Pétrole', sur les écrans le 30 mai clôture un printemps qui a vu fleurir plusieurs documentaires sur le monde ouvrier. Après 'De mémoires d’ouvriers' de Gilles Perret, 'Disparaissez les ouvriers !', 'Le Chemin noir' et enfin 'Bleu pétrole' ont fait l'actualité. Rencontre avec les trois réalisateurs de ces (beaux) films qui, sans être des tracts militants, exaltent chacun à sa façon la lutte politique.

 

Bleu pétrole (de Nadège Trebal), Disparaissez les ouvriers! (de Christine Thépénier et Jean-François Priester) et Le Chemin noir (d’Abdallah Badis) ne sont pas des documentaires sur la classe ouvrière mais des films avec la classe ouvrière. Trois films sensibles à la beauté du travail humain et à la puissance mythologique de l’usine. Trois films qui accompagnent plutôt qu’ils ne constatent. Trois films qui sont avant tout du cinéma (des corps, des gestes, de la lumière). Ce qui ne les rend pas moins efficaces politiquement, bien au contraire. Explications.

 

(…)

 

Christine Thépénier, co-réalisatrice avec Jean-François Priester de Disparaissez les ouvriers! (sortie le 9 mai)

Ce documentaire rend compte de l’occupation de leur usine par les ouvriers de Legré-Mante. Les ouvriers font appel contre une liquidation judiciaire qu’ils jugent truquée. Disparaissez les ouvriers!, pourtant, n’est pas un film militant. Dans un décor hallucinant d’installations rongées par l’acide tartrique et baignées d’une lumière noire bleutée, on y voit des hommes réfléchir à leur condition de travailleurs et s’interroger sur les décisions patronales.

 

" Le cinéma est un bon endroit pour permettre à la voix des hommes d’être entendue. Pour avoir d’autres clefs pour comprendre le monde que celles que nous imposent les médias, je crois que c’est important d’aller voir ce qu’il se passe derrière les murs. C’est pour soutenir les ouvriers de Legré-Mante dans leur lutte que nous sommes allés les voir en leur proposant de les filmer tant qu’ils occuperaient l’usine. Les ouvriers nous ont souvent dit craindre qu’on ne puisse pas les croire et c’est vrai que c’est assez incroyable ce qu’ils nous ont raconté. On leur a dit que cela se lisait sur leurs visages, s’entendait dans leur voix, que leurs silences aussi en disaient long sur leurs sentiments…Mais il a fallu beaucoup de temps pour être avec eux dans ce type de relation et pour qu’ils nous parlent autrement qu’aux journalistes par exemple.

Mais de la même manière, il nous a fallu du temps pour vraiment comprendre la profondeur de leur colère, ce qui les faisait tenir pour occuper cette usine jour et nuit sans perdre espoir comme ils l’ont fait pendant plus de quatre mois, sachant que leur patron comme les autorités misaient sur l’usure. La majeure partie du temps, il ne se passait rien de très spectaculaire et ils n’intéressaient plus les médias qui ont besoin d’action. C’est dans ce temps-là, parce qu’on avait decidé d’aller avec eux jusqu’au bout, quelle que soit l’issue de leur lutte, qu’on a vraiment pu travailler avec eux. On n’ a jamais demandé aux ouvriers de faire quoi que ce soit pour nous, bien au contraire, et ils nous ont souvent surpris. On s’est souvent demandé, et on leur a demandé, pourquoi, comment, ils avaient pu travailler là, dans de telles conditions, et, comment, pourquoi, ils pouvaient encore se battre pour ce travail? Car cela peut sembler irrationnel, paradoxal, si l’on ne comprend pas ce que la crainte de perdre son travail peut engendrer comme compromission. La violence de ce qu’ils racontaient était d’autant plus grande qu’ils s’exprimaient doucement, un peu comme s’ils venaient de se réveiller d’un long cauchemar.

Ils refusaient de se résigner. Ils avaient la conviction que la justice ne pouvait pas laisser les patrons faire ce qu’ils voulaient en toute impunité. Quand le jugement tombe après cinq mois d’attente et d’interrogation, c’est pour les ouvriers une fin de non recevoir de leur version des faits et aussi à l’opposé de tout ce qu’on a filmé. Le film est monté en commençant par la lecture d’un extrait de jugement dont les termes sont contredits par la suite. Il y a entre les termes de la justice et la parole de ces hommes un réel grand écart.”


 

presse Laisons Sociales


presse Positif


LE MONDE DIPLO


presse Réforme


sinemensuel1

sinemensuel2



radiogrenouillleRadioGrenouille


cpourleshommes

Mardi, 08 Mai 2012 - par Frédéric Lelièvre

En dépit d'une situation de quasi-monopole, l'usine Legré-Mante a fermé. Grâce aux témoignages des ouvriers qui ont occupé les lieux pendant 4 mois, on découvre les raisons plus que probables de cette fermeture annoncée, et les moyens consternants employés pour y parvenir. Un témoignage éloquent sur la situation du monde ouvrier.

Le cas de l'usine Legré-Mante est pour ainsi dire un cas d'école. L'incarnation spectaculaire du face à face entre le monde ouvrier, héritage d'une notion du travail à visage humain, et les « contingences » d'une société qui a changé d'objectif et d'idéal… Prenez une usine dont la production ne connaît pas de concurrent sur le territoire, ni même dans le monde. C'est un leader de la production d'acides tartriques… Mais voilà que cette usine d'un quartier de Marseille est située pile en face de la mer, non loin d'un petit bois. Une zone « vierge » au pied même du futur « Parc des Calanques »… L'équation est dès lors limpide : comment faire pour que cet outil de travail au fort potentiel soit promis à une inévitable fin ? En le laissant tomber en ruine, en pressurant ses employés au-delà de toute décence, et en refusant tout investissement au point de nier les plus élémentaires notions de sécurité. De sorte que, une fois le dernier centime tiré de la dernière production, les lieux eux-mêmes effraient les plus courageux repreneurs. Une entreprise de démolition programmée, encouragée discrètement par tous ceux qui, promoteurs et élus, s'impatientent de s'approprier les lieux pour y bâtir des résidences de standing. Unique grain de sable dans cette belle mécanique : les ouvriers de l'usine, qui refusent la fatalité et, en quête de réparation et du respect qu'on leur a refusé depuis trop longtemps, décident d'occuper les lieux.

Est-ce un documentaire militant ? Forcément, mais pas uniquement. Il est vrai que tout ce que l'on apprend, c'est de la bouche des ouvriers. Leurs patrons n'apparaissent jamais, et rares sont les intervenants extérieurs. Ce documentaire n'a d'ailleurs pas été conçu en tant que tel. C'est parce qu'elle habitait le quartier que, intriguée par les slogans peints sur les murs, la réalisatrice s'est approchée des ouvriers pour finir par filmer leur occupation des lieux, sans savoir que ces images constitueraient son premier long-métrage à sortir au cinéma. D'une brûlante actualité, mettant en avant l'humain, son documentaire dénonce autant qu'il raconte. Car seuls ces ouvriers pouvaient faire revivre ces lieux qu'on jurerait laissés à l'abandon pendant des années… alors qu'ils produisaient encore de l'acide tartrique quelques mois auparavant, dans des conditions surréalistes. Entier, sincère, avec humilité, chaque employé apporte avec ses mots son propre vécu, communiquant son incroyable attachement à cet outil de travail en déliquescence, sa fierté d'un savoir-faire. Au fil des anecdotes, des réflexions, et en dépit de quelques pardonnables longueurs, on saisit l'ampleur du désastre pour ceux qui étaient vraiment le cœur de cette usine. Et c'est tout le drame du monde ouvrier que l'on voit se dessiner. Car il ne faut pas espérer de happy end pour ce film de genre : les ouvriers ont été déboutés de tous leurs appels et ont tout perdu.

Rétrospectivement, au-delà de ce cas très évocateur de fermeture d'usine - et des doutes qu'il attise sur les aptitudes d'institutions comme l'inspection du travail… - c'est la violence du rapport patron/ouvrier qui marque durablement le spectateur. On se dit que tout cela rappelle des méthodes d'un autre âge… Pour appuyer cette « filiation » de la violence dans le rapport patron/ouvrier, la programmation de Disparaissez les ouvriers ! sera associée pour certaines séances à celle d'un autre documentaire : Avec le sang des autres. Si le film de Christine Thépénier illustre une violence voilée, quotidienne, stratégique, dans le cadre d'une France en situation de crise, celle de Avec le sang des autres est écrasante, terrifiante, instantané d'une période de plein emploi. Tourné en 1974 par Bruno Muel pour dénoncer les dérives de l'empire Peugeot, ce document illustre avec une redoutable efficacité le rapport de force d'un dirigeant tout puissant face à des ouvriers qui dépendent de lui en tout, du travail à la chaîne au logement, en passant par les loisirs et la nourriture… Bien qu'à visage humain, un état des lieux pas rassurant du tout.

Frédéric Lelièvre

L'humanité Dimanche - Num 311 du 10 au 15 mai 2012

presseHumaDimanche


Sujet sur DISPARAISSEZ LES OUVRIERS à la 64eme minute de l'émission. 

ouvertlanuitouvertlanuit2


 Télécharger l'extrait France inter "On aura tout vu" Disparaissez les ouvriers

 

Franceinteronauratoutvu


 

presseFichesduCinema1

presseFichesduCinema2


RFI

Ré-écouter l'emission ici


Lemondecinema

"Disparaissez les ouvriers !" : des hommes à la casse, sous le soleil marseillais

Le Monde.fr | 08.05.2012 - Par Jacques Mandelbaum

Installée dans un quartier marseillais idéalement situé face à la mer, l'usine Legré-Mante, spécialisée dans la fabrication d'acide tartrique, se déclare en faillite, et ferme ses portes du jour au lendemain, sans concertation, pour être revendue à des promoteurs qui convoitent ce site idéal. Les ouvriers ne l'entendent pas de cette oreille. Ils occupent les locaux durant un peu plus de deux mois au début de l'année 2009, et dénoncent une faillite frauduleuse en utilisant tous les recours juridiques qui s'offrent à eux. Ceux-ci seront vains.

C'est cette lutte qu'accompagnent Christine Thépénier et Jean-François Priester, dans un film qui n'est ni militant (pas de prise de position des réalisateurs) ni neutre (pas d'entretien avec les patrons), mais choisit plutôt de se tenir aux côtés de ces hommes et de ces femmes, soudain réduits à rien, qui tentent d'infléchir l'irrévocabilité de la décision qui les frappe.

Ce qui en ressort est à la fois triste et beau. De la dignité et de la colère, de la rage et de l'impuissance, et puis ce mélange très surprenant entre le site dévoré par la rouille et l'azur enchanteur qui l'entoure. Les paroles, fortes, restent longtemps dans la tête du spectateur, qui disent l'indignité ancienne et consentie des conditions de travail, puis l'infini mépris du sort soudain réservé à ces ouvriers qui ont sacrifié leur vie à la tâche. "L'injustice, ça provoque la haine" dit une vieille femme à la fin du film : nous en sommes là, très exactement.

L'histoire séculaire du mouvement ouvrier, qui existe bel en bien encore, est-elle autre chose que cela ? L'aliénation des corps, l'humiliation des hommes, la violence physique et symbolique exercée à leur encontre.

On retrouvera très fortement ce sentiment dans un autre film, absolument magnifique, accompagnant celui-ci lors de quelques projections exceptionnelles :Le Sang des autres de Bruno Muel. Réalisé en 1974 dans les tentaculaires usinesPeugeot de Sochaux, au plus près des ouvriers et de la chaîne et dans une période de plein emploi, ce film est le point d'orgue de la production cinématographique du groupe Medvedkine, coopérative d'ouvriers-filmeurs, dont l'ensemble de la production constitue l'un des fleurons du cinéma militant français.


iletaitunefoisLogo 

iletaitunefoisarticle


La marseillaise75

 


Utopia

Oh la la ! Je vous vois déjà spectateurs et citoyens blasés souffler et lever les yeux au ciel… Encore un docu sur une fermeture d’usine, une de plus, le genre de truc qu’on n'a pas vraiment envie de voir au ciné… Un film qui s'attache au sort des Légré Mante, ces courageux ouvriers de la chimie marseillaise, sacrifiés sur l'autel des actionnaires. C’est si tristement banal depuis quelques décennies qu'on a fini par se lasser de sa représentation qui ne parvient même plus à indigner. Mais voilà ce film si singulier qui nous rentre dans la tronche et qui fait qu'on n'est pas près d’oublier le combat désespéré mais digne de ces 48 ouvriers…

Il faut dire que le cadre y est pour beaucoup : cette usine totalement délabrée, rongée par la rouille et les acides tartriques qu’elle a produits pendant des décennies, posée au bord de la mer bleu azur dans le quartier de Montredon, est en soi un décor de cinéma, un site d’ailleurs un peu trop beau pour ne pas attirer l’appétit des projets immobiliers qui veulent remplacer la vieille industrie par le résidentiel de luxe. On pourrait croire que l’usine a fermé il y a cinquante ans si le documentaire ne nous apprenait que les ouvriers y travaillaient encore quelques semaines auparavant, dans des conditions de salubrité et de sécurité ubuesques, faisant penser que l’usine avait dû miraculeusement passer entre les gouttes des commissions d’hygiène et de sécurité depuis quelques décennies. Au milieu de ce décor qui pourrait évoquer celui d’un paquebot rouillé sous pavillon panaméen abandonné par son capitaine, la force de la parole des ouvriers, luttant durant 140 jours contre une liquidation qu’ils jugent frauduleuse, n’en apparaît que plus grandiose. Christine Thépénier, voisine de l’usine, a simplement accouru avec son complice Jean François Priester et sa caméra, sans attendre que le cas des Légré Mante ne devienne médiatique… ce qui ne se produira pas.

Pas d’actions spectaculaires au rendez vous, juste la ténacité de l’occupation de ces hommes qui égrènent, médusés, tel le chœur antique d’une tragédie, les comptes rendus du tribunal de commerce, des hommes qui croyaient à la justice de la République avant de se rendre compte qu’elle est parfois au service des intérêts du capital.

Utopia


 

presse Le Figaro 


 

Officiel des Spectacles


 presse La Croix


Canard Enchaine

 


presse Figaroscope


 Mercredi 9 Mai 2012

TELERAMA


Jeudi 3 Mai 2012

articlehuma

 


 

DLO France Inter


Regardslogo

La petite salle du Polygone étoilé accueillait début avril à Marseille une soirée inédite. Avec deux films évoquant, dans des registres très différents, le monde du travail à l’usine. Comment parlent, et de quoi parlent, les ouvriers en France au début du XXIème siècle ?

 

Des ouvriers, des vrais, « à l’ancienne ». Avec des gueules et des clopes de prolo, des bleus, des tables en formica à la cantine, des pointeuses, des hangars plein de machines et d’outils. Avec les bruits et les murs de l’usine. Pour voir tout ça depuis un confortable fauteuil rouge, il fallait être à Marseille le 1er avril dernier. Au programme : Ouvriers de Tamaris de Gilles Remillet et Disparaissez les ouvriers ! de Christine Thépénier et Jean-François Priester. Deux approches radicalement différentes du traitement cinématographique de la question ouvrière.

Gilles Remillet est ethnologue. Entre 2000 et 2002, il a tourné des images dans une fonderie de la région d’Alès, dans le Gard. Résultat, un 52 minutes, Ouvriers de Tamaris, qui laisse un goût de fer dans la bouche. Le film suit la réalisation, du modelage jusqu’à la livraison en passant par la fonderie et l’aciérie, d’une énorme pièce en acier, un “étrier”, commandé par une entreprise de l’industrie automobile. A l’image, des hommes - “ouvriers hautement qualifiés”-, au travail à l’atelier. Beaucoup de gestes. Ceux de la préparation : mesures, annotations, coup de gommes. Ceux, furtifs, de la pause : la gamelle sur un coin de table, le café. Ceux de l’ouvrage : déverser, balayer, fondre... Coups de pelle, faire corps avec la pièce, la positionner, nourrir le feu, fusion rouge du métal. Une érotique sèche du travail à l’usine.

Peu de mots, des injonctions, des consignes. A table, dans la cantine qui semble vide (les équipes tournent et les ateliers sont nombreux), on ne cause guère. On mange. De tous ces silences, le réalisateur dit : “ce sont des éléments de la culture ouvrière : taire le risque, taire le danger et taire la maîtrise.” L’humilité orgueilleuse des ouvriers de Tamaris. Malgré – ou grâce à - cette économie de discours, le spectateur, lui, est facilement emporté par l’édification savante et besogneuse de cette pièce massive. Elle finit par quitter l’usine, emballée sur le plateau d’un semi-remorque. Ce sont les dernières images de ce film d’anthropologue qui voulait “montrer une énergie” en évitant “deux écueils” : “une vision ouvriériste, l’exaltation du travail ; et l’esthétisation de l’usine”. Pari réussi : au générique, pas une image d’épinal ne flotte dans la tête : que du métal en fusion, des grincements métalliques et, presque, l’odeur de la limaille.

Décor hallucinant
 

Les ouvriers de Legré-Mante, eux, n’avaient plus de gestes de travail à accomplir quand Christine Thépénier et Jean-François Priester les ont suivi de juillet à décembre 2009 durant leur lutte sur le site de cette usine d’acide tartrique dans les quartiers sud de Marseille. Disparaissez les ouvriers ! est le film d’une occupation. Le 24 juillet 2009, l’entreprise, tenue par la famille Margnat, est mise en liquidation judiciaire et les 48 ouvriers salariés se retrouvent brutalement sans travail. Une douzaine décident d’entrer en lutte sur le site, soutenus par la CGT. C’est avec eux que l’on chemine 75 minutes durant dans le décor hallucinant de cette usine paraissant avoir été abandonnée depuis des décennies alors qu’ils y travaillaient encore quelques semaines avant.

Peu de gestes, donc, si ce n’est ceux du désarroi et de l’impuissance... Mais, contrepoint exact des ouvriers de Tamaris, un flot de parole. Pour raconter ce qui, quasiment du jour au lendemain, est sorti de leur vie : les conditions de travail extrêmement dégradées, le mépris patronal, les manoeuvres de la direction pour débarrasser le site sans perdre l’activité (délocalisée dans le Vaucluse) et réaliser une fructueuse opération immobilière (on est au pied du futur parc des calanques). Des mots pour dire la volonté de se battre, de s’organiser collectivement, de ne pas renoncer. Souvent avec colère ou amertume, parfois avec gravité, parfois avec ironie, les douze de Legré Mante, entre un barbecue, une réunion avec des élus et des séances de tags sur les murs de l’usine, “s’expriment comme les derniers survivants d’un monde que les spéculateurs voudraient voir disparaître” souligne la réalisatrice. De fait, malgré le soleil et la faconde, il y a quelque chose de tragique dans ce film qui recèle des passages émouvants et quelques très beaux plans.

Des ex-salariés de Legré Mante étaient dans la salle le 1er avril pour assister à la projection. Dont l’ancien délégué syndical Martial Eymard, figure centrale du film et de la lutte, qui revoyant toute “cette histoire qui avait impacté [les] familles[des ouvriers]” a assuré que “la page [était] tournée”. Non sans difficultés de réinsertion dans le monde du travail pour certains d’entre eux. “Mon fils, il a complétement changé de métier, il a 40 ans, il retourne à l’école pour passer un CAP de boulanger. Avec ça, il dit qu’au moins, on aura toujours du pain”, a témoigné la mère de l’un des anciens salariés, présente dans le film et dans la salle. La maman d’un ouvrier car Legré-Mante, c’était aussi une ultime survivance, à Marseille, de l’usine au quartier. C’est fini.“On a peu à peu vidé cette ville de sa classe ouvrière” a sobrement conclu un jeune retraité dans la salle.


lesechosfr

Mai 2012 - Par Annie Coppermann

Pendant 140 jours, à partir de l’été 2009, les ouvriers de l’entreprise Legré-Mante ont « occupé » leur usine pour dénoncer sa liquidation frauduleuse et réclamer justice. Des bâtiments et des ateliers où certains travaillaient depuis plus de vingt ans pour fabriquer cet « acide tartrique » nécessaire à la fabrication des composants électroniques de tous nos nouveaux et indispensables gadgets. L’usine était devenue leader mondial de cette production.

Pourtant, après avoir été laissée sans aucun entretien au fil des ans, mettant les ouvriers en danger, malgré les avertissements de l’inspection du travail, elle venait d’être mise en liquidation judiciaire, et fermée. En attendant le verdict du procès en appel engagé par leur syndicat contre la décision du tribunal de commerce, une poignée d’hommes se sont donc retrouvés régulièrement sur les lieux.

Evoquant leur combat, mais aussi désir de reprendre un travail dont ils restaient fiers, malgré sa pénibilité. Pendant 140 jours, ils se sont confiés à deux documentaristes, Christine Thépénier , native du coin, et Jean-François Priester, qui ont tendu leurs micros, au fil des saisons, à leurs souvenirs, leur révolte, leur colère et leur sentiment d’injustice. Et puis, au bout de tous ces mois, le verdict est tombé : l’usine de rouvrira pas. Elle occupe un terrain très convoité, près de Marseille, en surplomb de splendides calanques. Les promoteurs immobiliers ont eu raison des ouvriers…



snes

 

4 mai 2012 - Par Francis Dubois 

Quatre mois durant, les ouvriers de Legré-Mante ont occupé l’usine où ils travaillaient, leader sur le marché mondial de la fabrication d’acides tartriques.
Par leur action, ils dénonçaient une liquidation frauduleuse et réclamaient justice.
Ils ont été déboutés et ont également perdu le procès en appel de la décision du tribunal de commerce qui avait prononcé la liquidation judiciaire.
La disparition des bâtiments qui avaient été laissés à l’abandon et dans lesquels les ouvriers travaillaient dans des conditions de sécurité précaires depuis des années, était planifiée depuis longtemps pour des raisons de profit.

En effet, ceux-ci étaient situés dans un secteur idéalement placé, face à la mer et inclus dans le périmètre du futur parc des Calanques à Marseille. 
Cette poignée d’ouvriers déterminés s’expriment ici comme les derniers survivants d’un monde exposés aux spéculateurs qui voudraient les voir disparaître.

Christine Thépénier habite dans le quartier où se situe cette usine. Elle a su qu’elle était en danger de fermeture et que les employés étaient menacés de licenciement par les inscriptions écrites sur les murs et qui exprimaient une vive colère.
Le projet d’un film réalisé en collaboration avec Jean-François Priester ne s’est pas imposé immédiatement. Il a commencé par de simples rencontres avec les grévistes qui ressemblaient plus à un témoignage de soutien. Des échanges réguliers avec eux ont suivi par lesquels se sont dévoilées les vraies raisons de la fermeture.
L’usine ne fermait pas parce qu’on n’avait plus besoin de ce qu’elle produisait, puisque le marché avec le Japon était florissant. On n’évoquait même pas des raisons écologiques qui auraient pu être un argument. Chacun savait qu’il y avait derrière le souci de faire disparaître l’usine et ses ouvriers, le projet juteux du Parc des Calanques.

Les deux réalisateurs ont écouté. Puis ils ont filmé. Bientôt mis en confiance, les ouvriers ont fait visiter l’usine, ont fait constater le degré de dégradation des locaux qui devenait, avec les conditions de travail dangereuses, un argument de plus pour obtenir la fermeture.
Bientôt s’est imposé, pour le duo de réalisateurs, le désir ou la nécessité d’accompagner les ouvriers en lutte jusqu’au bout.

La mise en scène s’est installée d’elle-même avec les ouvriers, tels Monsieur Vu ou Mario quand ils ont bien voulu refaire devant la caméra des gestes qu’ils avaient effectués des milliers de fois, quand ils retrouvaient les outils à l’endroit où ils les avaient laissés le jour où ils ont quitté leur poste de travail sans savoir que c’était la dernière fois qu’ils s’en servaient.

"Disparaissez, les ouvriers" est devenu un documentaire sur cette lutte mais, par sa construction, par la teneur de son propos, par sa particularité d’écoute, il n’est pas ce qu’on appelle un film frontalement militant. On y voit des hommes dans la force de l’âge subitement coupés de ce qui représentait une part importante de leur vie. Des hommes dans leur qualité humaine de travailleur, réfléchir seuls ou à plusieurs sur les enjeux de cette liquidation truquée, sur la condition de l’ouvrier face aux décisions qui lui échappent, patronales, politiques et judiciaires.

En franchissant les murs, le film donne les clés pour une meilleure compréhension de manœuvres cruelles, de démarches aveugles et destructrices dont l’objectif est de faire place nette pour arriver à des fins de profit.

Francis Dubois


CONTACT

François VILA

Attaché de presse

01 53 40 89 97

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.